Réflexions sur le Brésil - Éléments de la situation du Mouvement des Sans Terre (MST)

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Réflexions sur le Brésil - Éléments de la situation du Mouvement des Sans Terre (MST)

NDLR: Dans le cadre de la préparation de notre revue Coopér-action de novembre 2020, nous avions demandé cet été à certaines de nos organisations partenaires de nous proposer un texte sur la situation de la pandémie et comment celle-ci impactait leurs projets. Le MST brésilien nous a envoyé un texte très riche mais trop long pour que nous puissions le publier tel quel. Nous en avons donc publier une version éditée. Néanmoins, il nous semblait important de mettre à disposition ce texte dans son entier, ce que nous faisons ci-dessous dans une version traduite non-éditée. Maimouna Mayoraz

 

 

Chers collègues membres d’E-Changer Suisse,

Nous aimerions présenter une brève lecture de la situation brésilienne pour vous partager l'analyse du MST sur le moment que nous vivons. En premier lieu, nous souhaitons apporter quelques éléments sur la crise structurelle du système capitaliste et ses impacts sur la classe ouvrière, ainsi que ses contradictions. Ensuite, nous présenterons rapidement quelques actions actuelles du MST, déclarées tâches prioritaires pour faire face à la crise brésilienne et à la pandémie de coronavirus.

1) questions structurelles

Nous nous confrontons une crise de reproduction du système capitaliste qui dure depuis déjà longtemps. Avec la pandémie cependant, les conséquences de cette crise sur les peuples, l’exploitation du travail et les biens naturels se sont accélérées. La crise est profonde et imprègne les thèmes de la valeur, des limites et de l'expansion du capital, de la surproduction de biens, mais nous montre aussi une crise de civilisation, qui tend à approfondir les modes barbares d’exploitation de la vie humaine, en particulier des plus pauvres et des peuples noirs. Ses dimensions sont économiques, politiques, sociales, environnementales et sanitaires.

La pandémie nous rappelle l’urgence de traiter la question environnementale et agraire au cœur des conflits politiques traités par l’actualité. La phase actuelle de développement du capital nécessite la destruction intensive de la nature et une violence extrême contre les peuples qui résistent pour défendre leurs territoires. Nous vivons de nouvelles formes d'expropriation combinées à des migrations forcées, une diminution des modes de vie autonomes, une généralisation du travail précaire à la campagne et en milieu urbain.

Les contradictions posées sont si profondes que des formes de contrôle politique d'extrême droite, aux caractéristiques néo-fascistes, réapparaissent avec force. Et ces formes n'apparaissent que là où des intérêts stratégiques pour le capital existent, comme dans le cas de plusieurs pays d'Amérique latine et du Brésil. Cela accentue les fondamentalismes religieux et les courants racistes, misogynes et xénophobes.

2) Conjonctures et éléments de la dynamique de contradiction entre les classes

La situation actuelle est marquée par des différends autour de l'agenda du coup d'État de 2016 et ses conséquences sur le peuple brésilien. Cet élément dynamique qui anime la conjoncture trouve avec la pandémie un nouvel enjeu de conflits.

L'agenda du coup d'État comprend un vaste programme de: a) privatisation des entreprises et des banques publiques, b) régularisation foncière de l'accaparement des terres (environ 65 millions d'hectares de terres, notamment en Amazonie), c) expansion de la frontière agricole et minière pour l'exportation de marchandises, d) autorisation de pesticides toxiques et de nouveaux OGM, e) déréglementation des relations de travail, f) perte de droits acquis tels que la sécurité sociale, g) privatisation des services publics tels que l'éducation et la santé, h) contrôle des données et informations individuelles, i) allégements fiscaux et subventions publiques aux entreprises et aux banques privées, entre autres.

C'est l'agenda du coup d'État qui donne son unité à la classe dirigeante. Son exécution par le gouvernement Bolsonaro détermine combien de temps il se maintiendra au pouvoir. Pour le moment, malgré les fissures existantes, il n'y a aucun indice de ruptures suffisantes dans la classe dirigeante qui conduiraient à la destitution du gouvernement actuel.

En début d'année, cette rupture est devenue plus probable, ce qui a conduit Bolsonaro, soutenu par Trump, à s’avancer : 1. accords et négociation de positions et de ressources pour des secteurs de centre-droite, en particulier au Congrès National, réduisant ainsi les soutiens à la poursuite des demandes de destitution (il y en a actuellement 50); 2. militarisation du gouvernement - les forces armées occupent 8 000 postes dans le gouvernement actuel et leur budget a été augmenté; 3. alliances fortes avec les secteurs fondamentalistes, principalement pentecôtistes et une partie des médias conservateurs ; 4. augmentation des investissements en propagande officielle et réseaux extra-officiels pour la diffusion de fake news.

Bolsonaro a même organisé une invasion de la Cour Suprême de la justice brésilienne pour éviter une saisie éventuelle de son téléphone portable privé, qui aurait pu apporter des preuves de sa relation avec la production de fake news et même avec les groupes paramilitaires (milices). L'auto-coup d'État n'a pas eu lieu, mais il a permis de montrer jusqu’où Bolsonaro, en alliance avec les forces armées, est prêt à aller.

Les mesures prises par Bolsonaro semblent lui avoir été favorables, aujourd'hui son approbation par la population s’est améliorée. L'amélioration de l'approbation de Bolsonaro est également liée à l'octroi d'une aide d'urgence mensuelle, transmise à environ 60 millions de Brésiliens en situation de vulnérabilité sociale (le gouvernement était contre une telle mesure, mais a été obligé par le Congrès National de dépenser des ressources pour compenser les effets de la pandémie).

Les secteurs populaires et de gauche ont eu du mal à se démarquer dans le scénario actuel, malgré toutes les initiatives qui sont prises, insuffisantes pour épuiser Bolsonaro et son projet de mort. Cependant, il existe des centres de résistance importants dans différents secteurs. L'articulation politique autour de la campagne Fora Bolsonaro, qui a rassemblé le militantisme de divers mouvements, partis, centrales syndicales et églises, est un autre point fort important des initiatives populaires.

Concernant la pandémie, nous présentons le pire taux de mortalité au monde avec plus de 120 mille morts (au 31 août). Cependant, la plupart des services ont rouvert et un climat de retour à la normale fait taire une moyenne d’environ 1000 morts par jour. Cette relativisation s'explique en partie par le fait que les décès par covid se sont stabilisés entre les classes moyennes et dominantes, aujourd'hui ces décès se retrouvent principalement parmi les plus pauvres, habitant.e.s des périphéries et population noire.

La pandémie a vu l’augmentation de la violence policière contre les pauvres et mais également une augmentation de la violence domestique, touchant les enfants, les adolescents, les jeunes, les personnes âgées et les personnes LGBT. Le cas le plus emblématique est celui d'une fillette de 10 ans qui a été violée par son oncle depuis l'âge de 6 ans et est tombée enceinte à la suite de ce crime; l'avortement légal dans certaines situations comme le viol est autorisé au Brésil depuis 70 ans, mais malgré cela, le service de santé de l'État où vivait la jeune fille, Espirito Santo, a refusé de réaliser l’avortement, et la famille a dû se rendre dans l'Etat de Pernambuco pour exercer son droit; l'avortement légal a été pratiqué sous les protestations de groupes religieux fondamentalistes.

3) Quelques initiatives MST dans la conjoncture actuelle

En ces temps de pandémie le MST développe de nombreuses initiatives, parmi lesquelles le développement de la formation politique - l'ENFF, Escola Nacional Florestan Fernandes a organisé une plate-forme numérique qui met à disposition des guides d'étude, des groupes de débat et des cours à distance qui ont servi aux militant.e.s à travers le pays. Dans le domaine de la communication, nous promouvons en permanence des espaces de socialisation qui représentent la culture organisationnelle « Sans Terre » par le biais de programmes comme le  « Comida de Verdade » (repas de vérité, ou repas pour de vrai) et débattons des sujets chauds de la situation brésilienne dans les rencontres organisées sous le nom « Cafés avec le MST ».

Nous avons orienté notre tactique politique autour de trois priorités: 1. Résistance active dans la défense des territoires conquis, comme dans le cas de Quilombo Campo Grande; 2. Plan d'urgence pour la réforme agraire populaire, avec des mesures pour faire face à la pandémie et à la crise économique; 3. Solidarité de classe - depuis le début de la pandémie, nous avons distribué 3 100 tonnes de nourriture et plus de 50 000 boîtes à lunch à des personnes en situation de vulnérabilité sociale.

Nous prenons soin de nous-mêmes, résistons, étudions, combattons et travaillons. Notre campagne « Planter des arbres, Produire des aliments sains » - a permis de planter 100 millions de plants d'arbres en 10 ans.

Nous avons lancé la campagne « Retourner à l’école durant la pandémie est un crime »  et menons également une grande campagne pour la reconstruction de notre école Eduardo Galeano qui a été détruite par la police militaire lors de l’épisode d'expulsion dans l’Etat du Minas Gerais. Nous reconstruirons brique par brique, car l'éducation est une fenêtre ouverte sur la connaissance et un espace de liberté pour nos consciences.

Dans le scénario actuel, la pandémie a compliqué la lutte pour la terre au Brésil. Avant même le début de la pandémie, nous avions commencé à connaître plusieurs revers dans le contexte des acquis sociaux, incluant l'agenda de la réforme agraire. Le gouvernement actuel a publiquement déclaré le MST comme son ennemi, ce qui a contraint le MST à renforcer sa stratégie de résistance.

Avec l'arrivée de la pandémie, les mobilisations pour la terre ont été désavantagées, la crise sanitaire a empêché la conquête de nouveaux territoires et la mise en œuvre de politiques de développement des espaces déjà conquis. En outre, des expulsions de familles installées dans les occupations du MST ont actuellement lieu dans différentes régions du Brésil, alors même que le pays est dans une situation sanitaire catastrophique avec le nombre de victimes du Covid-19.

En ce sens, la pandémie nous a obligés à réorganiser toutes nos activités. Nous avons choisi de nouvelles voies pour lutter pour la réforme agraire, l'une d'elles étant la proposition d'un plan d'urgence pour la réforme agraire, comme mentionné ci-dessus. Le plan d'urgence pour la réforme agraire populaire consiste à produire des aliments sains pour approvisionner la population brésilienne, étant donné que la faim est l'une des conséquences profondes et brutales de la pandémie.

On peut donc dire que malgré la pandémie, le MST n'a pas cessé de combattre et d'organiser les travailleuses et travailleurs pour la résistance – s’il est vrai qu'on ne peut pas faire de luttes de masse, il a fallu réinventer les formes de la lutte et actualiser les modes de confrontation pour les temps actuels, afin de nous maintenir fermes et organisé.e.s face au scénario catastrophique auquel nous sommes actuellement confronté.e.s.

Malgré tout, nous sommes prêt.e.s à faire notre devoir: défendre la vie et préparer l'avenir.

 

Kelli Mafort - Coordination nationale du MST, Judite Santos - Collectif des relations internationales MST et coopér-actrice E-CHANGER 

 

 

 

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