« L’heure de s’unir face au fascisme »

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Brésil. Syndicats, mouvements sociaux et partis de gauche affrontent la montée de l’extrême-droite. Les femmes sont à la pointe de la résistance. Questions à Sônia Coelho, travailleuse sociale à São Paulo et militante de la Marche mondiale des femmes – Brésil.

Q : Quel est votre bilan de ce premier tour des présidentielles ?

Sônia Coelho – La poussée conservatrice et fasciste s’est affirmée au Brésil. Bolsonaro a reçu une majorité des votes, nous aurons un congrès et un sénat beaucoup plus conservateurs.

La lutte des femmes contre Bolsonaro n’a donc pas été suffisante pour ouvrir les yeux à la population. Cela ne veut pas dire que ce mouvement n’a pas été très important. Il a même marqué une des moments d’opposition les plus importants contre Bolsonaro, mais aussi contre le gouvernement issu du coup d’Etat qui dirige aujourd’hui le pays. Aucun autre mouvement n’avait réussi à mobiliser si largement au sein de la société brésilienne.

Je pense que sans cette mobilisation, Bolsonaro l’aurait emporté au premier tour. Au cours de l’ultime semaine, le candidat d’extrême-droite a beaucoup augmenté son pourcentage, ce qui était lié au nombre très important de personnes indécises, qui ont fait leur choix au dernier moment, ainsi qu’à un secteur de la droite qui a reporté ses votes sur Bolsonaro.

Autre élément qui nous interpelle. Des femmes hyper-conservatrices et issues de l’élite, comme Marta Gabrilli [PSDB, élue sénatrice pour l’Etat São Paulo, Ndlr.] ou Janaina Paschoal [issue du Parti social-libéral de Bolsonaro, cette avocate a été une des initiatrices de l’impeachment de Dilma Rousseff. Elle a été élue députée de l’Etat de São Paulo, la mieux votée de l’histoire, Ndlr.] ont été élues avec des milliers de votes. La croissance du parti de Bolsonaro [le PSL, rejoint par Bolsonaro en début d’année, Ndlr.] a été très importante. Et beaucoup de femmes issues de ce parti, ultra-conservatrices et liées au mouvement fasciste, ont été élues.

Plus de 46 millions de personnes ont voté nul, blanc, ou ne sont pas allées voter. Une masse de personnes est désenchantée par le paysage politique – et nous pourrions en gagner une partie au deuxième tour.

Q : Et maintenant, qu’allez-vous faire ?

Aujourd’hui, nous avons une deuxième chance d’expliquer le danger que représente le fascisme pour le Brésil.

Nous prévoyons une nouvelle mobilisation des femmes le 20 octobre. Nous allons mettre l’accent sur ce que signifie un autre programme de gouvernement, basé sur des valeurs émancipatrices, à même de construire l’égalité entre hommes et femmes et d’améliorer les conditions de vie de la classe travailleuse.

La montée d’un mouvement fasciste et conservateur au Brésil s’inscrit dans une tendance mondiale. À gauche, nous devons être unies pour le combattre. Les femmes issues de tous les partis de gauche, et même du centre, ainsi que des mouvements sociaux, se préparent à faire campagne contre Bolsonaro.

Nous espérons que cette unité nous permettra d’élire Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT), à la présidence. Mais une victoire électorale ne sera pas suffisante pour faire échec à la montée conservatrice. Nous devrons accumuler de nombreuses luttes et mener un débat sérieux sur ce que signifie le processus de domination néolibérale et fasciste en cours.

Q : Les femmes sont à la pointe de la résistance …

Le 29 septembre, plus d’un million de femmes se sont mobilisées dans 262 villes sous le mot d’ordre #elenão (« lui non »).

C’est l’indignation des femmes qui explique l’ampleur de ce mouvement. Bolsonaro est une vieille connaissance du mouvement féministe. Au Congrès, il fait partie des députés qui attaquent systématiquement les droits des femmes. Il a d’innombrables antécédents misogynes, racistes et LGBTQ-phobes, et a affirmé à la députée Maria do Rosario qu’il ne la violerait pas « parce qu’elle est trop laide ».

Bolsonaro ne se contente pas de stimuler la violence contre les femmes. Il affirme aussi qu’elles doivent gagner moins que les hommes – alors qu’au Brésil, elles touchent des revenus 27% plus bas que les hommes – les femmes noires encore moins – et qu’elles sont plus souvent touchées par la pauvreté.

Sa justification de ces inégalités à la télévision a choqué des millions de femmes qui savent que si Bolsonaro est élu, la situation va empirer fortement. Par exemple, dans un pays aussi violent que le Brésil, traiter le problème de la violence par les armes, comme l’affirme Bolsonaro, va affecter directement la vie des femmes, celle de leurs enfants et de la population noire.

À cela s’ajoute l’offensive constante de Bolsonaro et sa clique contre le féminisme, ils ont déjà collé des affiches affirmant que seule la dictature permettra de mettre en échec le féministe. Ils font constamment l’apologie de la dictature, alors que les femmes, avant tout les femmes organisées dans les mouvements sociaux, se battent depuis toujours pour la démocratie.

Nous, les militantes du mouvement féministe, analysons ces deux aspects du programme de Bolsonaro –  son plan de domination ultra-libéral au niveau économique, et les aspects moraux de violence contre les femmes – comme étant liés. Nous ne séparons pas ces questions, nous le considérons comme un tout. C’est très important.

Q : Comment le mouvement #elenão est-il né ?

Depuis l’impeachment de Dilma, en 2016, les femmes sont descendues régulièrement dans la rue. Elles ont représenté la principale résistance contre le coup d’Etat parlementaire – dans lequel Bolsonaro a joué un rôle actif. Il y a donc une résistance qui s’est accumulée.

Né sur internet, le mouvement #elenão a rapidement compté plus de deux millions de femmes dénonçant les horreurs qu’il profère sur les femmes et le féminisme. Cette montée très rapide était due à la colère accumulée des femmes et du mouvement féministe, qui dénonçaient depuis longtemps le candidat d’extrême-droite.

Le mouvement a tout de suite débouché sur des réunions concrètes pour préparer la mobilisation du 29 septembre.

Q : Comment s’est-il articulé avec les mouvements sociaux et populaires ?

Le mouvement #elenão est très large. Il regroupe des femmes qui n’appartiennent à aucun mouvement, des femmes syndicalistes, issues des mouvements populaires et du mouvement noir, de la jeunesse, des partis, des mouvements féministes comme la Marche mondiale des femmes, etc. Toutes se sont assises et ont décidé de construire ensemble.

Nous, militantes du mouvement féministe, y avons participé en essayant de dépasser l’expression générique #elenão. Bien sûr, cette expression permet d’entre en contact avec de nombreuses personnes, mais il est aussi très générique – tellement que même des groupes de droite ont commencé à le reprendre.

De notre côté, nous avons mis un nom sur le candidat auquel nous nous opposons, en reprenant le slogan « Fora Bolsonaro » (« Bolsonaro dehors ») et dénoncé les éléments clairement fascistes de son discours – son mépris de la gauche, de la démocratie, des pauvres, des différences, sa haine du féminisme, son racisme, etc.

Car la candidature de Bolsonaro n’est pas seulement un affront au mouvement féministe. C’est une insulte à l’ensemble des femmes et de la classe travailleuse.

Q : Que signifierait une victoire de l’extrême-droite le 28 octobre ?

Ce serait un des plus grands désastres de notre histoire. Pas seulement pour les femmes, mais pour toute la population. Depuis le coup d’Etat de 2016, nous avons subi un recul très important de nos droits avec le gouvernement calamiteux de Michel Temer – qui s’est attaqué aussi bien aux droits des femmes, des salarié-e-s, qu’à l’environnement.

Un gouvernement Bolsonaro affecterait fondamentalement la vie des femmes et de la population la plus pauvre, notamment la population noire, dans un pays qui affronte déjà aujourd’hui une situation difficile et un chômage très élevé.

Le projet économique de Bolsonaro est en effet d’approfondir les attaques contre les droits des travailleurs, enlevant aux pauvres pour enrichir les nantis. Ce candidat a même eu la stupidité de dire qu’il va augmenter les impôts pour les pauvres et les diminuer pour les riches. Il menace constamment d’une dictature militaire.

Un tel gouvernement ne serait pas démocratique, même s’il sortait vainqueur dans les urnes le 28 octobre. Il ne respecterait pas les institutions, les mouvements sociaux ni la population. À l’échelle internationale, ce serait aussi un gouvernement largement soumis aux grandes puissances, sur le modèle colonial.

Nous vivons une rupture anti-démocratique depuis le coup de 2016, qui risque de s’approfondir brutalement. Ce que nous espérons, c’est de pouvoir restaurer la démocratie et la refonder.

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