Face à Bolsonaro, unir les forces

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Face à Bolsonaro, unir les forces

Pour le dirigeant des sans-terre, Miguel Stedile, l’accentuation des politiques néolibérales en cours au Brésil n’a pas démobilisé les mouvements populaires mais les oblige à repenser leurs luttes.

L’arrivée à la présidence de Jair Bolsonaro, le 1er janvier 2019, «ne fut pas un accident», mais le résultat d’une stratégie impulsée par le grand capital, souligne Miguel Enrique Stedile, 41 ans, membre de la Coordination nationale du Mouvement des travailleurs ruraux sans-terre (MST). Historien de formation, il dirige l’Ecole d’éducation moyenne et professionnelle du MST, à Veranópolis (Rio Grande do Sul), et appartient au collectif responsable du secteur formation du mouvement. Fils de João Pedro – l’un des dirigeants historiques du MST –, Miguel Stedile se trouvait le mois dernier en Suisse, à l’invitation de l’ONG E-Changer, dans le cadre d’une tournée européenne incluant également la France, l’Allemagne et la Belgique. En trente-cinq ans d’existence et de lutte, le MST a permis à 350 000 familles d’accéder à la terre, alors que 100 000 autres, résidant dans des campements, attendent leur tour.

Quels sont les effets visibles de la politique de M. Bolsonaro pour la campagne?

Miguel Stedile: Avant toute chose, il faut comprendre que le nouveau gouvernement représente la continuité du projet que les puissants, le grand capital, préconisent pour mon pays. Ils ont tenté d’influencer le gouvernement de Dilma Rousseff et, comme ce n’était pas possible, ils l’ont remplacée [lors du coup d’Etat parlementaire de 2016] par Michel Temer et cette situation est institutionnalisée aujourd’hui par l’arrivée de Bolsonaro. De nombreuses politiques actuelles sont la poursuite de ce qui s’est fait durant ces deux dernières années. Par exemple la libéralisation brutale, sauvage et quasiment quotidienne des agrotoxiques et des pesticides, une concession directe faite aux grandes entreprises du secteur. Ou le retrait total de la présence de l’Etat dans l’agriculture, conformément à l’idéologique ultralibérale de ce gouvernement: cela signifie la réduction à leur plus minime expression des ministères et des secrétariats. Ils ont désigné comme ministre Nabhan García, un grand propriétaire foncier, promoteur des milices rurales d’extrême droite. Ce démantèlement correspond aussi à ce qui s’est passé avec les institutions responsables de la protection de l’environnement et avec la FUNAI, l’organisation chargée de la politique envers les peuples indigènes.

Avec une rhétorique d’affrontement?

Ce discours n’est pas nouveau à la campagne. La nouveauté, c’est que maintenant cette rhétorique, via le projet de Bolsonaro, s’implante aussi avec force dans les villes. Ce discours devient officiel, il s’institutionnalise.

Quelle est la réponse du MST et des autres mouvements sociaux?

La majorité des mouvements populaires a réitéré sa conviction que les mobilisations doivent continuer. Mais selon de nouvelles méthodologies, plus prudentes, mieux planifiées, en concentrant les énergies, en évitant de nous isoler. Par exemple, le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nos camarades femmes ont misé sur deux actions centralisées: contre un propriétaire foncier, accusé de multiples abus sexuels, et contre l’entreprise Vale, impliquée dans les tragédies de Mariana et de Brumadinho. En revanche, le 14 mars, pour l’anniversaire de la mort de la militante Marielle Franco, de nombreuses manifestations ont eu lieu. Et le 17 avril ,Journée internationale de la lutte pour la terre, nous avons impulsé cinq occupations de terrains publics fédéraux. Enfin, ce 1er Mai était s’est déroulé sous le signe de l’unité. La logique est celle d’une résistance active, intelligente, en concentrant les forces.

Les acteurs progressistes brésiliens – mouvements, partis, syndicats, etc. – ont-ils déjà pu digérer la défaite électorale?

C’est en cours. Il s’agit non seulement d’une défaite électorale, mais aussi idéologique, parce qu’une partie importante des pauvres ont voté en faveur du programme de la droite. Ils ont préféré risquer de perdre des droits avec l’illusion de conserver leur emploi. Ce fut une défaite très dure et, actuellement, les partis progressistes sont en train de soigner leurs blessures, en essayant de se relancer. Il y a des tâches pleines de défis, comme parler à nouveau avec la population, relancer la formation politique et impulser une nouvelle pédagogie politique et participative.

Y a-t-il eu de nouvelles occupations de terres?

Après l’élection du nouveau président, le pouvoir judiciaire s’est senti conforté et des demandes d’expulsions de sites où nous étions implantés depuis des années ont été formulées. Notre stratégie a surtout consisté à garantir notre présence active sur les terres menacées.

Quelle est votre principale préoccupation face à l’avenir?

Comme à l’époque de la dictature, l’institutionnalisation de la répression suscite parmi nous des interrogations très profondes. Comment le policier de base va-t-il agir dans la vie quotidienne, dans le quartier, dans le village? Alors qu’il se sent appuyé par ces mécanismes institutionnels répressifs… et qu’il est défendu par l’empire total de l’impunité.

Durant votre tournée européenne, vous avez signalé que la réalité brésilienne n’est pas isolée de celle vécue par toute l’Amérique latine, et y compris de la nouvelle réalité mondiale.

Sans aucun doute. Nous affrontons une profonde crise structurelle du système capitaliste, qui vit une prise de distance croissante de la part du secteur financier-spéculatif (apparaissant comme plus dynamique) avec la base productive réelle. Pour tenter de résoudre cette crise, le système donne deux réponses principales: la réduction des droits et des conquêtes sociales, comme moyen de limiter les coûts, et la destruction sauvage de la nature.

De plus, nous percevons une nouvelle période géopolitique: un pôle Chine-Russie affronte les Etats-Unis d’Amérique du Nord. Dans ce cadre, le gouvernement nord-américain tente de récupérer sa prééminence en Amérique latine, en désarticulant la vague progressiste que nous avions connue jusqu’à récemment. Une partie de cette stratégie consiste à démanteler de manière accélérée tous les outils d’intégration régionale, comme l’Union des nations sud-américaines (UNASUR). Pour imposer cette logique, le système utilise des tactiques différentes pour chaque pays: dans le cas du Brésil, il recourt à un personnage comme Bolsonaro et à un Etat fortement répressif.

 

Sergio Ferrari, Le Courrier, Article du 14 mai 2019

Traduction: Hans-Peter Renk

 

 

 

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