Cible des entreprises minières, des politiciens et des orpailleurs depuis les années 1970, on estime actuellement la présence de plus de 26 000 orpailleurs illégaux dans la Terre indigène Yanomami. Ces dernières années, cette situation ne cesse de s’aggraver et a atteint un point culminant, révélée par les attaques armées subies par les Yanomami au cœur de leur territoire. Tout indique que cette agression fut orchestrée par des trafiquants de drogue. Ainsi, le 10 mai dernier, la communauté Palimiú a été visée par les envahisseurs qui, depuis leurs embarcations, ont ouvert le feu sur les indigènes, provoquant la riposta de ces derniers. Ces attaques furent perpétrées avec une importante artillerie, telles que fusils et mitrailleuses, armes peu communes dans le contexte de l’orpaillage.
L'importance du trafic de drogue dans la région, comme l'a montré l'agence d’informations Amazônia Real, a commencé par la croissance de l’organisation criminelle « Premier Commandement de la Capitale – PCC » dans l’État de Roraima, gérée depuis l’intérieur même des pénitenciers. En 2017, la faction originaire de São Paulo fut responsable du massacre de 33 prisonniers dans la prison agricole de Monte Cristo. "Le PCC a beaucoup grandi et a eu besoin de plus de ressources. De ce fait, ils ont commencé à aller dans les zones d’orpaillage, où ils ont de l'argent facile", a déclaré un orpailleur à l’agence Amazônia Real, demandant de ne pas être identifié.
Le ministère public de l'État du Roraima a dénoncé 44 membres du PCC pour une série de 12 attaques contre des bâtiments publics, dont des agences fédérales de la « Caisse Économique », un commissariat et un poste de police militaire. L'enquête a permis d’enregistrer des dialogues concernant l'expansion de la faction dans les régions d’orpaillage.
Un orpailleur a affirmé que des membres de la faction PCC opéraient le long des rivières Uraricoera et Parima. Ces deux régions sont celles où l’on trouve le plus d'or, selon lui. C'est également là-bas que l'armée brésilienne est présente de par le 4e peloton frontalier, à Surucucu.
Le coordinateur du Forum de Roraima, Jailson Mesquita, a déclaré à Amazônia Real que les organisations non gouvernementales internationales sont responsables du conflit dans la région.
« Le conflit n'était pas avec une faction. Cette situation a été provoquée après l'arrivée de deux avions d'ONG, connues sous le nom d'« Americana », dans le village de Palimiú. Ils [les indigènes] avaient de bonnes relations avec les orpailleurs. Ils demandaient des armes aux orpailleurs, facturaient 600 reais pour chaque canoë traversant la rivière. Tout d'un coup, le comportement de ces indigènes a changé. Le conflit a été orchestré par ces ONG qui ont augmenté le prix de la traversée en pirogues à 2 mille reais. Après, ils [les indigènes] n'ont rien accepté d'autre », dit-il.
Le Forum de Roraima est composé de représentants d'associations et de coopératives d’orpailleurs et de partis politiques d'extrême droite et de centre droit, dont « Avante », base du gouvernement Bolsonaro.
Après l'attaque du 10 mai 2021, des leaders indigènes ont affirmé avoir recueilli les corps de deux enfants, l'un âgé d'un an et l'autre de 5 ans, dans la rivière Uraricoera. L'information a été divulguée par le vice-président de l'association Hutukara Yanomami, Dário Kopenawa.
Le président du Conseil de santé indigène Yanomami et Ye´kuana (Condisi-YY), Junior Hekurari, a rapporté que lors de l'attaque, trois orpailleurs ont été tués et cinq blessés par balle, ainsi qu’un Yanomami, également touché. Selon lui, les corps ont été emmenés par les orpailleurs au camp où ils travaillent.
La police fédérale n'a pas confirmé les décès, affirmant ne pas avoir trouvé de corps.
Le 31 mai, le siège de l' «Institut Chico Mendes pour la conservation de la biodiversité - ICMBio» à Maracá, située sur les rives de la rivière Uraricoera et sur le chemin de la communauté Palimiú, a été envahie par des orpailleurs armés. La rivière Uraricoera sert à transporter l'or, comme l'a souligné l’Association Yanomami Hutukara.
Aggravation
Le 14 juin 2020, il y a un an, le Conseil de santé indigène Yanomami et Y'ekuana (Condisi-YY) dénonçait un conflit armé entre autochtones et orpailleurs dans le Territoire Yanomami de Roraima, dans la communauté Macabei, qui est également dans la région de Parima.
« La situation s'est aggravée à tel point que le chaos social s'est installé et que les activités criminelles échappent au contrôle des forces de sécurité », a prévenu le Condisi-YY.
En mars 2020, le rapport « Cicatrice de la Forêt », publié par la Hutukara et l'Association Wanasseduume Ye'kwana (Seduume), démontrait l'expansion de l'exploitation minière illégale dans le territoire Yanomami. Selon l'enquête, l'activité a augmenté de 30%, dégradant une zone de 2 400 hectares et mettant en danger des populations indigènes isolées, comme les Moxihatëtëma.
Le territoire Yanomami compte plus de 9,4 millions d'hectares entre les États d'Amazonas et de Roraima.
Cette année, le Tribunal Fédéral de Roraima a ordonné au gouvernement de retirer les envahisseurs sous peine de payer une amende de 1 million de réais. Jusqu'à présent, le gouvernement fédéral a ignoré cette injonction.
Répercussion
Le 2 juin, l'Organisation des Nations Unies (ONU) a condamné les attaques perpétrées par les orpailleurs contre les Yanomami. Elle a également demandé aux autorités brésiliennes d'enquêter et de poursuivre les responsables. Cette sommation s’applique aussi aux attaques subies par les indigènes du Territoire Munduruku, dans l’État du Pará.
L'ONU a souligné que les peuples Yanomami et Munduruku sont considérés comme "vulnérables", étant parmi les communautés les plus affectées par la présence d'activités minières illégales en Amazonie. La contamination des rivières par le mercure, ainsi que la dégradation de la forêt causée par l’orpaillage sont autant de problèmes qui affectent la santé des Yanomami, en particulier la dénutrition infantil provoquée par l’insécurité alimentaire.
Les 21 et 21 mai, dans la communauté Homoxi, un bébé yanomami, âgé d'environ un an et pesant à peine trois kilos, est décédé de malnutrition. L'information provient du Conseil de santé indigène Yanomami et Ye'kuana (Condisi-YY).
Dans le village de Maimasi, à Roraima, lieu où fut photografiée une fillette de huit ans pesant 12,5 kilos et dont la photo a fait le tour du monde au mois de mai, la communauté est confrontée à une épidémie de paludisme, ainsi que de nombreux cas de dénutrition et parasitose intestinale. Le leader indigène Dario Kopenawa a déclaré que ce village n’a pas reçu de visite des équipes de santé depuis six mois.
Un rapport de l'UNICEF publié en 2019 a révélé que 81,2% des enfants yanomami de moins de cinq ans étaient trop petits pour leur âge, 48,5% avaient un poids insuffisant et 67,8% étaient anémiques.
L'ONU a également fait part de ses préoccupations concernant le projet de loi fédéral n° 1941 de 2020, qui réglemente l'exploitation des ressources minières, hydriques et organiques dans les territoires indigènes. Pour l'organisation, ce projet ne protège ni l'environnement, ni la société, et refute toutes compensations aux peuples autochtones.
En outre, en raison de la faim, des indigènes ont été poussés à se déplacer en ville, à la recherche de nourriture et pour recevoir les aides des programmes sociaux. Cependant, cet argent ne suffit pas à payer le coût du déplacement.
Le 31 mai 21, un enfant indigène a été écrasé à Boa Vista, alors qu'il tentait de traverser la route au bord de laquelle se trouvait toute sa famille, abritée sous des abris de fortune.
Chronologie:
12.06.20 – Conflit armé entre orpailleurs et Indigènes dénoncé par le Conseil du district sanitaire indigène Yanomami et Y’ekuana (Condisi-YY). Deux autochtones, âgés de 20 à 24 ans, sont décédés.
25.02.21 - Un orpailleur a été abattu et un indigène blessé lors d'un conflit sur les rives de la rivière Uraricoera, dans la communauté Xirixana de Helepi, à Alto Alegre, au nord de Roraima.
10.05.21 – Attaque à bout portant contre le peuple autochtone Yanomami de la communauté Palimiú (RR).
11.05.21 – Des agents de la Police fédérale sont reçus par des coups de feu dans la région de la rivière Uraricoera.
12.05.21 - La communauté Palimiú subit une nouvelle attaque, quelques heures après le passage de l'armée dans la région. Selon la Hutukara, se déplaçant avec une quarantaine de bateaux, les orpailleurs ont tiré sur les indigènes, mais aucun blessé n’est à déplorer.
14.05.21 - Les orpailleurs ont envahi la communauté de Palimiú à la recherche d'indigènes dissimulés, comme l'a rapporté Leila Yanomami, leader indigène.
19.05.21 – Au 10e jour de tension à Palimiú, les orpailleurs ont tenté d'envahir la communauté. Les indigènes ont rapporté que les envahisseurs n'ont pas pu avancer car ils ont remarqué la présence d'un groupe de Yanomami et sont retournés dans les bateaux.
31.05.21 – Invasion du siège de l'Institut Chico Mendes pour la conservation de la biodiversité (ICMBio) à Maracá (RR), sur la rivière Uraricoera.
Sources:
https://amazoniareal.com.br/como-o-pcc-se-infiltrou-nos-garimpos-em-roraima/


