C’est à Ouagadougou que j’ai rencontré Rachele Mari Zanoli. Juste après le coup d’État de 2015 qui a bousculé un peu notre arrivée. Comme si cette situation particulière faisait écho à sa personnalité unique et libre : une philosophie appliquée, un regard. Notre amitié allait durer 5 ans, jusqu’à sa mort brutale en 2020.
Rachele (prononcez à l’italienne rakele) est née en Suisse, mais elle aura passé le plus clair de sa vie d’adulte en expatriation. Une double, voire une triple vie, partout où elle posait ses 2 valises qui contenait ses trésors : des miniatures qu’elle collectait dans les nombreux pays où elle a séjourné. Elle parlait couramment l’italien, l’allemand, le français, l’anglais, l’espagnol et quelques dialectes improbables. Elle a été analyste financier, peintre (https://www.gigarte.com/rachelemarizanoli , interprète, cheffe de projet informatique. Elle a travaillé dans la forêt ougandaise, dans les montagnes népalaises, dans la jungle colombienne, au sahel burkinabè. Entre autres. Elle a accompagné des femmes dans des prisons italiennes, produit des films du cinéma indépendant africain, s’est spécialisée dans les questions de genre en Ethiopie. Elle se sentait à l’aise avec les petites gens, les enfants, les artistes et les paysans.
Profondément convaincue que les choses se construisent à plusieurs, elle s’était engagée comme coopér-actrice d’E-CHANGER auprès de Corade à Ouagadougou, une organisation de formation burkinabè qui développe des solutions originales pour des populations vulnérables. Elle y a mené un projet de valorisation des savoirs paysans en prévision agrométéorologique dans des dispositifs de conseils aux agriculteurs valorisant les TIC (technologie de l’information et de la communication (https://vimeo.com/251764499).
Elle aura, chaque semaine, parcouru des kilomètres de mauvaises pistes pour se rendre auprès des paysans qu’elle accompagne dans la mise en œuvre de ce projet, à avaler cette poussière qu’elle n’avait jamais connue jusqu’alors et qui donne une couleur si particulière au Sahel.
En marge de son travail de coopér-actrice, elle fonde sa propre société de production cinématographique pour appuyer les jeunes cinéastes indépendants au Burkina Faso. Plusieurs documentaires y seront notamment produits dont Un peuple intègre tourné durant le coup d’État de 2015 ou L’Espoir du lampadaire dénonçant les conditions dans lesquels étudient les écoliers qui n’ont pas d’électricité chez eux (https://www.youtube.com/channel/UCIpooTS3PSLYrzH0bInga8A). Évoquant les enfants, elle affirmait que la coopération par l’échange de personnes favorise des générations futures ouvertes et qui considèrent les différences comme un atout.
Elle a terminé son engagement pour E-CHANGER en 2018 avant de rejoindre le CICR dans une équipe coachant les délégations dans des questions de genre. Elle allait rejoindre son nouveau poste de responsable RH au Cameroun lorsqu’elle est décédée à Addis Abeba en juin 2020.
Rachele rêvait de passer sa retraite au Népal et d’y élever des yacks. Elle a été incinérée à Addis Abeba, selon le rite hindouiste, comme elle le souhaitait. Ses cendres reposent au Tessin, où elle a grandi. Et un baobab à son nom pousse doucement au Burkina Faso. Une histoire à son image, colorée, métissée et qui efface les frontières. Ciao Bellezza !
Corine.


