Dans un contexte alarmant de montée de la violence envers les femmes au Brésil, Sindomestico lutte pour les droits des travailleuses domestiques dans l’État de Bahia. Afrodescendantes pour la plupart et domiciliées dans des favelas, elles fournissent souvent l’unique revenu de la famille. Sindomestico est un syndicat de 2'200 membres, fondé en 1990.
Fort et vulnérable en même temps, Sindomestico cherche à renforcer son secrétariat avec l’objectif, à terme, de créer dans l’État de Bahia, l’Observatoire de la violence à l’égard des travailleuses domestiques. Le but étant de documenter les violences, produire des données fiables et influencer les politiques publiques.
E-CHANGER renforce Sindomestico depuis 2020 dans la gestion de son secrétariat couvrant les charges en lien avec les activités menées auprès des travailleuses domestiques (permanence d’accueil et de conseil, accompagnement auprès des instances juridiques, soutien psychologique).
Dès 2026, l’appui d’E-CHANGER portera sur le renforcement de la formation et la sensibilisation afin de pouvoir mobiliser encore plus de travailleuses domestiques et faire avancer leurs droits.
LE TRAVAIL DOMESTIQUE AU BRÉSIL FORTEMENT MARQUÉ PAR DES INÉGALITÉS SOCIALES, RACIALES ET DE GENRE
Selon l’Annuaire de la sécurité publique au Brésil, les femmes et filles afrodescendantes sont les principales victimes de violences domestiques et sexuelles (52,2 %) et de féminicides (63,6 %). Ce sont également elles qui composent majoritairement (69,9 %) la main-d’œuvre du travail domestique (IPEA, 2023). Un secteur dans lequel les arrêts de travail pour troubles mentaux liés au stress et à la violence psychologique atteignent 44,3 %. Pourtant, les accidents du travail et maladies professionnelles y sont très peu déclarés, révélant une invisibilisation systémique des violences subies et une absence d'accès à la protection sociale.
Ces données reflètent un continuum de la violence de genre qui imprègne la relation d'emploi domestique, exposant les femmes à la violence à l'intérieur et à l'extérieur du lieu de travail. Le travail domestique reste souvent informel, mal rémunéré, isolé et non protégé. Trop souvent, il s’accompagne encore de harcèlement, d’abus, voire de conditions proches de l’esclavage.
FORMER ET SENSIBILISER LES TRAVAILLEUSES DOMESTIQUES
Dans ce contexte, Sindomestico, avec l’appui d’E-CHANGER, lance un cycle de formations et une campagne nationale de sensibilisation dans l’État de Bahia. Cette initiative vise à :
Informer les travailleuses domestiques et les dirigeants syndicaux sur leurs droits fondamentaux,
Lutter contre les violences sexistes, racistes, psychologiques, sexuelles ou physiques dans le cadre professionnel et familial,
Prévenir le travail des enfants et le travail forcé,
Promouvoir un environnement de travail sûr et digne,
Et faciliter l’accès aux mécanismes de protection, de réparation et de signalement.
Sur environ 500’000 travailleuses domestiques (dont 150’000 à Salvador), seules 2’200 sont syndiquées. Ce faible taux de syndicalisation reflète l’isolement professionnel et social de ces femmes, souvent peu informées de leurs droits et rendant donc difficile leur mobilisation.
35 ANS DE LUTTE !
En mai dernier, Sindomestico a célébré 35 ans de lutte des travailleuses domestiques. À cette occasion, les militantes ont défilé avec des revendications fortes, notamment la lutte contre le travail analogue à l’esclavage, ainsi que pour la garantie et l’expansion des droits conquis, notamment ceux prévus par la loi ‘Completar’ 150/2015. Adoptée en juin 2015, celle-ci vise à mieux protéger les droits des travailleuses domestiques, victimes de racisme et extrêmement précarisées et longtemps exclues des droits du travail.
Sindomestico défend également le maintien de ces travailleuses sous le régime de la CLT (Codification des lois du travail), cadre juridique fondamental régissant les relations de travail au Brésil. Le syndicat s’oppose à leur transformation en micro-entrepreneures individuelles, ce qui entraînerait une perte significative de leurs droits et une précarisation accrue.
Le syndicat participe activement aux côtés de la Fenatrad (Fédération nationale des travailleuses domestiques du Brésil) et du gouvernement fédéral, aux actions du Programme de Travail Domestique Citoyen (TDC).


