Lutte indigène pour une nouvelle citoyenneté

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Interview avec Sylvie Petter.

« Ecoute-échange, compréhension interculturelle, respect de la différence, horizontalité sans paternalisme, ouverture à l’apprentissage », telles sont les prémisses de l’engagement quotidien avec les communautés yanomami de l’Amazonie brésilienne, où travaille Sylvie Petter depuis sept ans. Son organisation locale, la SECOYA (Service de coopération avec le peuple yanomami), dont le siège se trouve à Manaus, incarne cette vision depuis sa création, il y a plus de 25 ans. Sylvie Petter, titulaire d’une solide formation pédagogique, dirige un programme de formation d’agents multiplicateurs de santé, impulsé par l’organisation partenaire. Interview.
 
Q : Quelle est le concept pédagogique promu par la SECOYA ?

SP : Notre travail éducatif se fonde sur le droit des peuples originels. Nous cherchons à former des professeurs yanomami désireux de promouvoir l’éducation scolaire indigène, tout en définissant eux-mêmes les contenus qu’ils veulent y incorporer. L’objectif primordial est que ces éducateurs puissent disposer des connaissances suffisantes leur permettant de comprendre comment fonctionne la société non-indigène, afin d’être en mesure de défendre leurs droits, tout en valorisant constamment leurs propres connaissances. Au niveau de la santé communautaire, par exemple, les enseignants suivent un module intégrant l’hygiène, la prévention et l’environnement, pour en faire bénéficier les enfants. La perspective consiste à obtenir un changement profond d’attitude, ce qui exigera au moins deux générations. Dans le même temps, nous travaillons aussi avec les agents de santé présents dans chaque communauté, en tentant constamment de créer des liens entre les divers acteurs éducatifs.

Q : Une vision alternative de l’éducation…

SP : Bien que l’éducation indigène soit reconnue par la Constitution brésilienne, son implantation quotidienne se heurte à des obstacles culturels et politiques. Depuis des siècles, la conception dominante de la formation a été verticaliste, imposée d’en haut, reproduisant des connaissances afin de formater l’élève. Une vision imposée aux peuples indigènes du Brésil, tant par les gouvernements successifs que par la majorité des Eglises avec leur discours d’évangélisation, visant à « intégrer » les peuples indigènes à la société nationale sans tenir compte de leur histoire propre et de leurs traditions culturelles. Une telle conception a provoqué de fortes réactions de la part des communautés indigènes, conscientes d’être des peuples qui grandissent et ne sont pas destinés à disparaître.

Q : Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée ?

SP : Pour les Yanomami – 26 000 personnes réparties dans près de 300 communautés – la conception du monde est basée sur des pouvoirs spirituels : les
maladies sont le produit d'agressions menées par des esprits néfastes. Les chamanes – véritables médecins communautaires – recherchent les traces de ces attaques afin d’aboutir à la guérison. De la même manière, nous tentons d’expliquer visuellement les indices de la contamination de l’eau pour affronter le problème généralisé des diarrhées. Cela représente un grand effort pédagogique. Dans notre optique, l’aspect le plus compliqué du travail réside dans la grande différence entre nos conceptions du temps. Dans la culture yanomami, seul le présent existe. Il n’est donc pas facile, pour eux, d’intégrer un programme de santé incorporant aujourd’hui et demain, sans oublier le vécu d’hier.

Q : Qu’en est-il de la réalité politique actuelle ? Les mesures anti-sociales du gouvernement de Michel Temer, au niveau national, frappent-elles aussi les peuples indigènes ?
 
SP : On constate une intensification des cas de violences perpétrées contre les peuples indigènes, les quilombolas, les travailleurs ruraux sans terre, ainsi qu’une augmentation des persécutions contre les institutions solidaires. Cependant, ce sont les droits indigènes qui subissent le plus grand nombre d’attaques directes et de violence visant l'ouverture de terres indigènes. En cause également, la fragilisation de la politique environnementale : de la même manière que pour les terres indigènes, elle prévoit une réduction de la proportion actuelle des zones de préservation environnementale, aux niveaux fédéral, des États et des municipalités. Sans oublier des coupes significatives dans les programmes institutionnels sociaux pour les communatés indigènes.
 
Q :  Comment-est-il possible, dans la perspective indigène, de résister à cette offensive ? Perçoit-on un certain «découragement» ?
 
SP : On ne peut pas parler de découragement. Au contraire, la réalité sociale brésilienne actuelle démontre que les peuples indigènes sont un segment de la société civile dont les alliances politiques pour la défense de leurs droits sont parmi les plus fortes, même s’ils ne sont pas entendus. Les grandes mobilisations indigènes réalisées ces deux dernières années ont permis d’éviter des situations bien pires. Mais la répression et les actes de violence ont atteint des proportions jusqu’alors inégalées.

Q : Les peuples indigènes parviennent-ils à s’intégrer à une certaine dynamique politique électorale ?

SP : Les peuples indigènes comprennent la nécessité de ne pas lutter uniquement pour leurs droits mais aussi celle d’obtenir plus de reconnaissance dans les espaces de citoyenneté. Cela se fait par la lutte partisane qui permet qu’un plus grand nombre d’indigènes soient élus dans les assemblées municipales ou même assument des fonctions de préfecture. Sônia Guajajara, une importante dirigeante indigène est candidate à la vice-présidence pour le Parti Socialisme et Liberté.

Par Sergio Ferrari

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