Libre, Lula électrise la résistance

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Brésil. La libération de l’ex-président Lula galvanise l’opposition à Bolsonaro. Questions à Djalma Costa, coordinateur du programme Brésil au sein de l’ONG E-changer, qui soutient certains des principaux mouvements sociaux du pays.

Le 8 novembre, Luiz Inácio Lula da Silva est sorti de prison. Est-ce pour de bon ?

Djalma Costa – Lula a passé 580 jours en prison suite à sa condamnation pour corruption en appel. La Cour suprême doit cependant encore se prononcer sur plusieurs recours déposés par ses avocats. Or, selon la Constitution brésilienne, personne ne peut être emprisonné avant l’épuisement de toutes les voies de recours. Le 8 novembre, la Cour suprême a décidé, par six voix contre cinq, que la Constitution devait être respectée. Ce jugement ne concerne pas que Lula, mais près de 5000 prisonniers qui pourraient aussi être libérés.

Le score serré s’explique par la pression du gouvernement et des élites économiques, qui voulaient laisser Lula en prison. Il faut se rappeler que la décision de condamner le leader du Parti des travailleurs (PT) sans preuves, puis de l’incarcérer, en avril 2018, répondait à un objectif politique: empêcher sa candidature à la présidence face à Bolsonaro.

La décision de la Cour suprême a permis sa libération immédiate. Cependant, la bataille n’est pas terminée: des charges continuent à peser contre Lula. Il existe donc le risque qu’il soit à nouveau emprisonné.

L’enjeu est aujourd’hui d’obtenir l’annulation de la sentence, en s’appuyant sur les récentes révélations faites par le site d’investigation The Intercept. Celles-ci ont démontré la connivence entre le juge qui a condamné Lula, Sergio Moro, aujourd’hui ministre de la Justice de Bolsonaro, et les procureurs chargés de l’enquête.

La libération de Lula peut-elle avoir un impact sur les résistances au gouvernement Bolsonaro ?

Cet impact se fait déjà sentir. Des milliers de personnes sont venues chercher Lula à sa sortie de prison. Puis une multitude l’a accueilli au siège du syndicat des métallurgistes de São Bernardo do Campo, près de São Paulo.

Lula a indiqué clairement qu’il est décidé à lutter contre Bolsonaro et sa politique antisociale. Il a déjà entamé une caravane qui parcourra l’ensemble du pays, en commençant par son Etat du Pernambouc, situé au Nord-Est du pays – la région la plus maltraitée par le gouvernement actuel.

Pour l’instant, Lula libre joue le rôle d’un aiguillon, stimulant l’ensemble des mouvements sociaux dans leur lutte contre l’extrême-droite qui dirige le Brésil.

Et au niveau politique ?

On pourra mesurer les premières conséquences de cette libération lors des élections municipales, qui auront lieu le 4 octobre 2020.  La nouvelle donne rebat aussi les cartes en vue des élections présidentielles de 2022.

Je pense cependant que la libération de Lula n’exonère pas la gauche brésilienne, spécialement le PT, d’un nécessaire examen de conscience. Sans les erreurs commises au cours de ses douze années au pouvoir, Bolsonaro n’aurait pas été élu. Pour renouer avec la population appauvrie et affronter l’extrême-droite, la gauche et les mouvements sociaux doivent faire preuve d’autocritique. Aujourd’hui, la priorité doit aller à la construction d’une opposition politique et sociale renouvelée, unie et collective, s’appuyant sur les mobilisations sociales.

Comment réagit le gouvernement Bolsonaro ?

Pour l’instant, il semble désarçonné. Sa seule réaction publique a été de menacer d’actionner la Loi de sécurité nationale, un vestige de la dictature militaire, au cas où Lula parlerait mal de lui.

Si Lula continue sa tournée à travers le Brésil, galvanisant la population et les résistances, cela aura certainement pour conséquence d’accélérer la chute de popularité de l’actuel président, déjà très importante.

Il ne faut cependant pas sous-estimer la réaction de la droite et des milieux financiers, qui font pression pour que Lula soit enfermé à nouveau, et rapidement.

Dès la décision de la Cours suprême, un projet d’amendement constitutionnel a été déposé au Congrès. Il prévoit de permettre un emprisonnement avant l’épuisement des voies de recours. Si ce projet était accepté par le Congrès, il permettrait de renvoyer Lula derrière les barreaux.

La sécurité du leader du PT est aussi en jeu. Il est possible que des partisans de Bolsonaro, suivant les appels à la haine du président d’extrême-droite, tentent d’agresser Lula ou d’attenter à sa vie.

Tout indique que les tensions sociales vont s’exacerber au Brésil dans la prochaine période.

 

Guy Zurkinden, 13 novembre 2019

 

 

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