Le choix d’une résistance active

Le choix d’une résistance active

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Le choix d’une résistance active

Le choix d’une résistance active

Face au gouvernement Bolsonaro, le Mouvement des sans-terre (MST) est loin de baisser les bras. Il compte sur la solidarité internationale. Questions à Miguel Stedile, membre de la direction nationale du MST.

Depuis l’arrivée de Bolsonaro à la présidence, quel est le climat pour le MST, un des plus importants mouvements sociaux au Brésil ?

Miguel Stedile – Difficile. Le gouvernement Bolsonaro se traduit par la paralysation de tous les programmes auxquels avaient droit les paysans du MST qui ont conquis un lopin de terre: construction de maisons, réseau d’eau et d’électricité, assistance technique, crédits à la production, etc. Presque tout est bloqué. En parallèle, le discours d’intolérance et de haine distillé par Bolsonaro et son équipe stimule la violence des grands propriétaires terriens. Celle-ci ne touche pas seulement les sans terre, mais aussi les communautés indigènes ou afro-descendantes.

Concrètement, quelles sont les conséquences sur votre quotidien ?

Deux exemples. 100 000 familles organisées par le MST vivent aujourd’hui dans des campements très précaires, occupant de grandes propriétés improductives pour exiger une réforme agraire. Sous le gouvernement actuel, elles n’ont aucune perspective d’accès à la terre.

De leur côté, les familles qui ont déjà conquis un lopin sont touchées de plein fouet par l’extinction du programme d’achats d’aliments (PAA). Mis sur pied par le gouvernement Lula, le PAA assurait un débouché à leur production: l’Etat achetait leurs aliments, qui étaient ensuite consommés dans les écoles publiques ou les hôpitaux. L’arrêt de ce programme est un coup très dur.

Ce contexte n’est-il pas propice au découragement ?

Le MST a été fondé sous la dictature militaire. Au cours de nos 35 années d’existence, nous avons affronté des gouvernements néolibéraux et répressifs. Nos militant-e-s sont habitué-e-s à lutter dans des conditions matérielles très dures, passant des années sous les bâches noires des campements, sans eau courante ni électricité. Nous ne sommes pas découragé-e-s. L’objectif de conquérir la terre et une vie digne est plus fort que la peur.

Avril est un mois de grandes mobilisations pour la terre au Brésil. Comment se sont-elles traduites cette année ?

Le 17 avril, Journée internationale de lutte paysannes, nous nous sommes mobilisés dans 14 Etats. Nous avons occupé de grandes propriétés, mais aussi cinq sièges régionaux de l’Institut national de réforme agraire, l’organe responsable de la réforme agraire. L’objectif est de maintenir la pression sur le gouvernement fédéral, mais aussi d’adresser des revendications aux gouvernements des Etats.

Avec l’ensemble des mouvements populaires, nous avions auparavant mené d’importantes mobilisations le 8 mars, journée pour la défense des droits des femmes; puis le 14 mars, pour dénoncer l’impunité qui règne, une année après l’assassinat de la conseillère municipale Marielle Franco.

Toutes ces mobilisations reflètent notre stratégie face au gouvernement Bolsonaro: celle d’une résistance active. D’abord, nos actions doivent être le plus larges possible: notre meilleure défense, c’est notre nombre. En parallèle, nous devons chercher l’unité avec les autres mouvements sociaux et les syndicats. Et remettre en discussion, par nos mobilisations, les vrais problèmes qui se posent à la société brésilienne.

Bolsonaro représente les intérêts d’une petite élite. Mais une partie importante de la population travailleuse a voté en sa faveur. Pour la gauche et les mouvements sociaux, son élection a représenté une défaite idéologique majeure. Cela nous oblige à chercher de nouveaux chemins.

Qu’en est-il de la répression ?

Au Brésil, le gouvernement fédéral ne dirige pas les polices militaires. Bolsonaro ne peut donc décider lui-même de sévir contre les mouvements sociaux.

Son discours de haine a cependant un impact réel. Pour les forces de la répression, c’est le signal qu’elles peuvent agir en toute impunité. Les violences et assassinats policiers ont fortement augmenté. Ils touchent d’abord la population travailleuse pauvre, non-organisée, qui vit dans les favelas. Un exemple récent est l’assassinat par les militaires, à Rio de Janeiro, d’un musicien qui se rendait en famille à la fête de naissance d’un bébé. Sa voiture a été touchée par 80 tirs. Ce musicien était noir, ce qui l’a rendu « suspect ».

Durant sa campagne, Bolsonaro a proposé de qualifier le MST et le Mouvement des sans-toit (MTST) d’organisations « terroristes »…

Il existe déjà une « loi antiterroriste » qui permet de criminaliser les mouvements sociaux. Elle a été introduite en 2016 par la présidente Dilma Rousseff, dans le cadre de l’organisation des grands événements sportifs (Coupe du Monde en 2014, Jeux Olympiques en 2016).

Cette loi a été utilisée récemment pour emprisonner des leaders du MST dans l’Etat de Goias (Centre-Ouest) ainsi que des militant-e-s du MAB, une organisation qui lutte contre les conséquences sociales des grands barrages, dans l’Etat du Para (Nord).

Taxer le MST et le MTST d’organisations criminelles ne nécessiterait donc pas de changement juridique. Ce serait un geste politique, visant à nous désigner comme ennemis d’Etat.

Que peuvent faire, ici, les personnes qui désirent soutenir votre lutte ?

Il faut d’abord chercher et diffuser des informations fiables sur les résistances sociales au Brésil, qui sont multiples: MST, mouvements indigènes, femmes, communautés afro-descendantes, etc.

Il est aussi important dénoncer les violations des droits en cours auprès des organisations internationales.

Un troisième élément est de montrer du doigt les multinationales qui ont un siège en Suisse, comme l’entreprise Vale, dont les activités ont des conséquences catastrophiques pour la population brésilienne.

Pouvez-vous citer un point positif à ces quatre mois de gouvernement Bolsonaro ?

Oui. M. Bolsonaro est un idiot parfait, totalement incompétent pour diriger un pays. Sa cote de popularité a rapidement plongé. Cela nous permet de travailler de nouveau avec la population travailleuse, dans le but d’écourter au maximum la durée de son mandat.

 

Interview | Pierre Meyer, Guy Zurkinden . 

 

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