La vie et la lutte des femmes au Brésil

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La vie et la lutte des femmes au Brésil

La droite conservatrice progresse au Brésil. Le gouvernement de Jair Bolsonaro a présenté et mis en oeuvre des politiques qui démantèlent les droits garantis par la Constitution fédérale et agit de manière à altérer les possibilités de résistance et d'organisation populaires. En outre, nous sommes confrontés, dans l'ensemble de la société, à la banalisation de la violence et à l'hégémonie conservatrice.

Les femmes se sont révélé être le secteur disposant de la plus grande capacité de mobilisation pour faire face à ce scénario, plaçant les revendications économiques, politiques et sociales à l'agenda politique. Le féminisme représente une lecture clé pour comprendre ce qui se passe au Brésil : il n'est pas possible de séparer les offensives de Bolsonaro contre les droits humains dans l’économie de l’agenda politique conservateur. Selon la Marche Mondiale des Femmes, « le renforcement de l'idéologie patriarcale contribue à ce que la logique du système économique continue de fonctionner ». C'est pourquoi, dans tout le pays, les femmes ont placé le slogan suivant comme axe des manifestations de la journée internationale de lutte des femmes : « Contre Bolsonaro, en défense de la retraite, pour la vie des femmes et la mémoire vivante de Marielle » comme expression du fait que le processus d'organisation féministe est irréversible.

Quelques mots sur le gouvernement de Bolsonaro

En réalité, le cœur du pouvoir de Bolsonaro s'est construit sur des processus violents et antidémocratiques. L'une des accusations qui le visent lie les enfants du président aux milices qui pourraient être directement impliquées dans l'assassinat de Marielle Franco. Les milices, en particulier à Rio de Janeiro, contrôlent les territoires et la vie des populations par l'extorsion, le prêt usuraire et la violence, cela au nom de l’ordre et la sécurité. Il s'agit généralement de groupes qui entretiennent des relations étroites avec les membres des pouvoirs publics. Un autre exemple des méthodes de ce groupe politique concerne les prétendus « candidats orange » : le parti de Bolsonaro (PSL) est dénoncé pour fraude électorale, pour avoir utilisé des femmes comme candidates, uniquement afin de respecter les quotas établis et détourner les ressources publiques. Les actions du président et de ses enfants sur les réseaux sociaux démontrent l'absence de tout engagement en faveur de la vérité, des institutions démocratiques et du peuple brésilien. De plus, c'est le gouvernement qui compte le plus grand nombre de militaires occupant des fonctions importantes depuis l'époque de la dictature militaire.

La politique économique est totalement orientée en faveur de la dérégulation des marchés et de la privatisation, qui s’empare des territoires indigènes, paysans et quilombolas[i], abolissant toute garantie de droits et de protection environnementale. D'un point de vue idéologique, le gouvernement réprouve la réflexion critique à tous les niveaux dans l'éducation et a instauré un processus de surveillance des organisations de la société civile.

Conditions de vie et lutte des femmes

Lors des élections de 2018, le nombre de femmes élues a augmenté de 50 %. Malgré cela, le parlement est toujours un espace masculin, élitaire et blanc, puisque même avec plus de femmes élues, elles ne représentent que 15% du total. En outre, il ne faut pas oublier que nombre de femmes ont été élues sur des listes conservatrices. Par conséquent, dans le mouvement féministe, les femmes réinventent les pratiques, construisant la politique à partir de la solidarité, de processus et de collectifs démocratiques. Il est nécessaire d'élargir la conscience féministe, pour la défense des droits et de l'égalité des sexes dans tous les domaines, tant au niveau local, dans les communautés, que dans les réseaux de la politique institutionnelle.

C'est pourquoi nous affirmons que les conditions de vie et de travail des femmes sont notre point de départ pour construire la lutte féministe, basée sur les organisations populaires. Les femmes sont engagées contre la réforme de l'aide sociale, parce qu'elle affecte davantage les conditions de vie des femmes actives, qui devront travailler beaucoup plus dur pour prendre leur retraite. Cela également parce que ce sont les femmes qui constituent la majorité de celles qui reçoivent la « prestation continue » (Benefício da Prestação Continuada), un droit qui a activement contribué à la lutte contre la pauvreté. La proposition de réforme de l'aide sociale vise à réduire au moins de moitié le montant du salaire minimum. En outre, l’objectif de cette proposition est une tentative du gouvernement pour en finir avec le mode actuel de calcul des retraites et instaurer, sur plusieurs générations, le système par capitalisation, c’est-à-dire que chacun épargne pour sa propre retraite. C'est pourquoi il s'agit de défendre les droits des travailleuses, mais aussi une vision de la société qui garantit les acquis et le bien-être, une solidarité intergénérationnelle et une universalité des droits. Lorsque les femmes se positionnent au Brésil contre la réforme de la sécurité sociale, il s'agit de défendre la vie contre la logique du capital.

Il ne s’agit pas d’un simple discours, mais des possibilités de survie et d’échanges sur la vie que nous voulons vivre. C'est le travail des femmes – travail informel, non rémunéré, domestique et familial – qui garantit que la vie quotidienne soit possible. Les femmes noires gagnent moins de la moitié du salaire des hommes blancs. En moyenne, les femmes s’occupent deux fois plus que les hommes des tâches domestiques et familiales, et en combinant ce travail non rémunéré et leur emploi, les femmes ont des journées de travail bien plus longues. Pourtant, les mesures d'ajustement se sont traduites par une augmentation de la précarité de la vie et du travail domestique et familial, en particulier par l'abandon des politiques de santé et d'éducation.

Un autre problème est au centre de la lutte des femmes : la violence sexiste. Une récente enquête sur la violence à l'égard des femmes au Brésil a révélé des chiffres effrayants : plus de 4,6 millions d’entre elles ont subi une agression physique l'année dernière, en moyenne 536 femmes chaque heure. 16 millions de femmes ont souffert d'une forme de violence, soit 1’830 victimes chaque heure. Les politiques de lutte contre la violence n'ont pas été appliquées depuis le coup d'État qui a interrompu le mandat constitutionnel de la présidente Dilma Roussef. Mais la question de la violence ne concerne pas seulement les femmes au Brésil. La population noire ainsi que les habitant-e-s des campagnes et la population LGBT ont été la cible avérée de cette violence, qui s’élargit, s'intensifie et se légitime avec la politique de Bolsonaro. Les premières mesures prises par le gouvernement, telles que la facilitation du port d'armes et l'orientation de la politique de sécurité publique axée sur le racisme et la justice sélective, persécutent et criminalisent les pauvres, surtout les Noirs, et ceux qui luttent contre la pauvreté.

Personne ne lâche la main de personne.

L'expression « personne ne lâche la main de personne » (ninguém solta a mão de ninguém) a marqué la résistance au Brésil et s'est concrétisée dans les pratiques féministes. Les femmes affrontent les inégalités en affirmant leur solidarité. Elles font face à la privatisation et à la précarité en promouvant l'agroécologie et en défendant les biens communs. Face à la montée de la droite, au Brésil et dans le monde, nous prônons l’organisation populaire, la mobilisation et la nécessité de construire et reconstruire l'utopie de justice, d'égalité et de paix comme principes organisateurs de notre société.

 

Revue Coopér-action n°6 - Avril 2019 | Renata Moreno - Coopér-actrice E-CHANGER au sein de la Marche Mondiale des Femmes (MMF) au Brésil.

Traduction: Egzona Cahani 

 

 

[i] Les villages et communautés formés par les noirs qui fuyaient l’esclavage pendant la période coloniale (1500-1822) et pendant la monarchie (1822-1889), jusqu’à la fin du XIXe siècle.

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