« La protection des peuples autochtones doit passer par des mesures concrètes contre les entreprises qui leur nuisent »

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Suisse

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Propos recueillis par Gaëlle Scuiller, E-CHANGER (E-CH)

Sociologue de formation, Ousmane Miphal Lankoandé est Secrétaire Exécutif du Balai Citoyen (BC), une organisation de la société civile lancée en 2013 au Burkina Faso. Spécialiste des questions d’appui au développement, certifié  en  gouvernance et management des institutions de la société civile, Monsieur Lankoandé est également formateur en plaidoyer, influence stratégique et en analyse et suivi citoyen des politiques publiques. Sa participation au sein de la délégation d’E-CH au Brésil a largement contribué à de riches débats avec les organisations partenaires et renforcé les synergies entre diverses organisations du Sud global.

Pouvez-vous présenter le Balai Citoyen et ses activités ?

Le Balai est une organisation de la société civile qui œuvre à établir une nouvelle gouvernance au Burkina Faso, un mouvement politique de proposition et de pression.  Présent sur l’ensemble du territoire burkinabé, son objectif est de contribuer, par l’action citoyenne, à l’assainissement de la gestion de la chose publique, puis d’amener les gouvernants à rendre compte de leur gestion auprès des populations. Il mène des activités de veille citoyenne en interpellant les pouvoirs publics sur des questions liées aux institutions, à la corruption, aux atteintes aux droits humains et à l’environnement, ainsi qu’à l’accaparement des terres. En parallèle, des activités d’information et de sensibilisation – projections, conférences – sont organisées localement.

Quels sont les liens du mouvement à l’international ?

Le Balai a des liens avec des mouvements de même nature au niveau du continent africain (exemple de la plateforme Afrikki qui regroupe des mouvements sociaux d’Afrique ( Wake Up à Madagascar - Lucha au Congo, Y’en a marre au Sénégal, etc). C’est lors d’une conférence de la plateforme « Panafrican todays », à Lusaka, que des contacts se sont établis avec un membre du MST. Ces échanges se sont concrétisés à travers l’envoi de 3 personnes du Burkina venues se former pendant deux mois à l’école politique du MST, en 2016 puis en 2018.             

Le Balai a aussi participé, en juillet 2022 à Dakar, au lancement  des activités du Forum WACSI (West African Civil  Society Institute), un institut de la société civile Ouest-africain. Il regroupe des mouvements sociaux dont les modes d’actions sont spécifiques par rapport à la société civile classique : nous ne faisons pas d’humanitaire, mais nous agissons spécifiquement au cœur de la politique. Or, les humanitaires ne sont jamais pris à parti, contrairement à nos mouvements. Récemment, un de nos militants a vu son véhicule être incendié, et un autre a été condamné à de la prison avec sursis, après un passage à la radio-télé et des publications sur les réseaux sociaux. Cette criminalisation induit une autre spécificité, liée au financement de nos mouvements : ce genre de situations extraordinaires est difficile à prévoir et donc à préfinancer, c’est pourquoi nous souhaitons créer un fond d’urgence pour supporter ces frais (justice, soutien aux familles, etc).

Quel bilan tirez-vous des rencontres au Brésil ?

Je suis notamment venu observer comment les mouvements se déploient sur le terrain ; l’ancrage social du MST en particulier m’a beaucoup appris. J’y ai vu une similitude avec notre mouvement auquel l’adhésion se fait à partir des problèmes qui touchent la population - comme des conflits sur le foncier, le logement ou la pénurie d’eau. Nous pouvons nous inspirer du MST, de leur stratégie d’implantation pour impliquer les éleveurs et agriculteurs, en milieu rural. Il faut les appuyer au quotidien sur les problématiques qui les concernent afin qu’ils puissent en tirer des bénéfices directs et pérennes, pas seulement formuler des revendications. L’exemple de cet homme, rencontré à l’assentamento Dom Tmás Balduíno, est révélateur. Il vivait auparavant dans une grande précarité et est sorti de la rue grâce à cette occupation. S’il n’y est pas retourné, c’est parce qu’il pouvait s’établir durablement sur cette terre et en vivre.

Un autre point d’inspiration est la formation politique. Les gens doivent pouvoir structurer leur action en profondeur, sur le long terme, et former des leaders, ce que l’information et la sensibilisation uniquement ne permettent pas. Ce processus était très visible, au retour au Burkina des trois jeunes gens venus étudier à l’école du MST. Il est grand temps que nous disposions d’une école, c’est cela qui va participer à un élan internationaliste.

A la base, nous avons mobilisé sur la question des coupures de courant et des lotissements, c’était très concret. Il y avait aussi la question de la justice suite à l’assassinat de Thomas Sankara. Ces revendications précises ont permis d’agréger l’ensemble des forces pro-démocratie afin de pousser à la sortie Blaise Compaoré. Maintenant, il s’agit de mobiliser la population sur la base de ses intérêts afin de développer une conscience de classe. Sankara a dit « Seule la lutte libère »…

Le Brésil compte la plus grande population afro-descendante hors du continent africain (environ 55% de la population du pays). En quoi l’inspiration panafricaniste du Balai fait-elle écho avec le mouvement noir brésilien ?

Notre mouvement s’inspire en effet de la pratique politique de Thomas Sankara, panafricaniste et anti-impérialiste. Cela résonne avec la situation de la population noire au Brésil bien sûr, même s’il n’y avait pas de contact direct établi avec leurs mouvements. Il a fallu une structure comme E-CHANGER pour rendre ce lien possible. À moins d’avoir une culture politique préalable - c’est notamment le discours de Sankara selon lequel « notre Maison Blanche se trouve dans le Harlem noir »[1] qui a fait prendre conscience de la souffrance du peuple noir hors d’Afrique - il est rare d’être en contact avec des personnes concernées par cette réalité et qui l’expriment. Nous entendons davantage parler de la situation des migrant-es en Europe et des violences policières aux Etats-Unis, mais le racisme structurel en Amérique Latine reste méconnu et je vais me faire le devoir d’en parler à mes camarades afin que nous puissions inscrire cette thématique à l’agenda de notre mouvement.

Par rapport aux droits des peuples autochtone, les enjeux et les revendications sont complexes : il ne s’agit pas d’une lutte d’indépendance ou d’autonomie, les individus se trouvent en outre dans des situations différentes - certains dans leurs biotopes naturels, d’autres en ville. La question de l’organisation et de la représentation de ces groupes me questionnent aussi : en Afrique, dès le départ des colons, l’élite nationale s’est réorganisée en administration prédatrice méprisant la population et reproduisant des mécanismes de domination. Lors de la rencontre avec la COIAB, j’ai pu exprimer mes doutes concernant leurs liens avec les bases.

Cela pose la question de l’institutionnalisation des mouvements…

Au Balai, nous souhaitons rester un mouvement de veille citoyenne, mais certain-es de nos militant-es ont créé un parti politique pour conquérir le pouvoir : le mouvement SENS (« Servir Et Non Se Servir ») mais il n’y a pas de liens organiques entre les deux structures.  Serait-il possible qu’elles se nourrissent mutuellement ? Là, se pose la grande question stratégique car la praxis politicienne a tué la vertu politique et la doxa tend à délégitimer les acteurs politiques.

Concernant les peuples autochtones, ce sont surtout les intentions de la communauté internationale qui me questionnent, notamment par rapport à la participation de la COIAB[2] à la COP 27. Les « grandes puissances » n’utilisent-t-elles pas la présence de ces organisations et leur rôle protecteur de la forêt et de la planète comme un faire-valoir, alors qu’elles ne font rien pour mettre la pression au gouvernement brésilien pour l’amélioration de leurs conditions de vie ? Elles en ont pourtant largement les moyens, par exemple en menaçant de se retirer économiquement. La protection de ces peuples ne doit pas être conditionnée à la préservation de la forêt et de la planète, mais bien au fait que ce sont des humains en souffrance d’abord ! Au lieu de leur faire porter ce trop lourd fardeau de « protecteurs de la planète », il faut des mesures concrètes contre les entreprises qui nuisent à ces populations.

 

[1] Discours prononcé à Harlem en octobre 1982.

[2] Coordenação das Organizações Indigenas da Amazônia Brasileira – Coordination des Organisations Autochtones de l’Amazonie Brésilienne.

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