Salvador de Bahia accueillera en mars un Forum social mondial centré sur les territoires.
Les interrogations qui pesaient sur l’avenir du mouvement altermondialiste après le dernier Forum social mondial (FSM), tenu en août 2016, au Québec, paraissent commencer à se lever. Le collectif brésilien du «FSM 2018» vient de ratifier sa décision de convoquer une rencontre mondiale thématique, du 13 au 17 mars de l’année prochaine, sur le campus universitaire de Salvador de Bahia au Brésil.
Centré sur les interactions entre «peuples, territoires et mouvements de résistance» à la mondialisation, ce rendez-vous préfigure la réorientation que certains de ses promoteurs, tels que Francisco «Chico» Whitaker, aimeraient impulser: des FSM plus concrets, balisés autour d’une thématique, afin de faciliter la coordination des luttes.
Pour le Brésilien, l’un des pères du Forum de Porto Alegre en 2001, deux aspects de la rencontre de 2018 revêtent une importance essentielle: la nature même de ce forum, ainsi que les défis actuels et futurs posés au Conseil international (CI), comme instance facilitatrice.
Propositions et articulations
«Nous avons constaté qu’en se focalisant sur des luttes précises, on arrive plus directement à des propositions concrètes et à des actions articulées», relève le Prix Nobel alternatif de 2006. Autre avantage des forums thématiques: leur cadre théorique plus souple. «Rien n’empêche les participants de rentrer chez eux avec des positions communes, y compris inscrites dans des déclarations finales», précise Chico Whitaker. Ce que le FSM global, en revanche, proscrit dans sa Charte de principes au nom de la pluralité du mouvement altermondialiste.
La multiplication des forums thématiques mondiaux serait une bonne méthode pour «appuyer l’expansion et l’interconnexion de tous les autres types de forums, dans la construction de grands réseaux planétaires, nécessaires pour affronter efficacement le monstre capitaliste mondial», imagine M. Whitaker.
Enfin, les forums thématiques permettraient d’éviter que s’installe une certaine routine, une «bureaucratisation du processus». «On court le risque de tomber dans un certain vide de contenus, par la répétition», craint-il.
Redéfinition fonctionnelle
L’adoption de cette stratégie des forums sociaux mondiaux thématiques «pourrait aussi constituer un bon moyen de résoudre la crise interne du Conseil international du FSM». Créé après le premier forum de Porto Alegre, le CI, considéré comme une instance de facilitation – et non de direction – vit une paralysie croissante. Lors de la dernière rencontre de janvier 2017, à Porto Alegre, seuls trente représentants (sur un total de 170) y ont participé, constate Chico Whitaker.
En 2015, à Tunis, le Brésilien avait proposé, de manière provocatrice, de désintégrer le Conseil international, qu’il considérait alors déjà comme un «éléphant», peu opérationnel et presque sans aucune capacité de réaction ou de proposition.
Dans son optique, le CI nouvelle formule pourrait se réunir une seule fois par an, durant une semaine, pour approfondir l’analyse de la conjoncture et proposer de nouvelles stratégies. Tous les organisateurs des différents types de forums dans le cadre du FSM, locaux, régionaux, nationaux ou thématiques, pourraient y participer. Et dans le cadre de cette réflexion, représentative de dynamiques réellement existantes, «si on le juge nécessaire et utile, on pourrait évaluer la réalisation d’un grand forum social mondial global, ouvert à toutes les thématiques, pour alimenter l’espérance de tous», suggère l’intellectuel brésilien.
Sergio Ferrari, Le Courrier,
Traduction Hans Peter Renk
Peuples et territoires
Début juin, le Forum social mondial de Salvador dévoilait ses premiers contours dans un communiqué. Avec pour thème «Peuples, territoires et mouvements en résistance» et pour slogan «résister, c’est créer, résister pour transformer», la rencontre sera résolument placée sous le signe des luttes indigènes et paysannes, si durement touchées par la répression policière et parapolicière depuis l’entrée en fonction du président Michel Temer au Brésil.
En dépit du contexte électoral – les élections nationales sont agendées au 7 octobre 2018 – «l’autonomie des mouvements sociaux» participant à la rencontre «sera préservée, conformément à la charte de principes du FSM», affirme le collectif organisateur. Conjointement avec le Conseil international, il prévoit de rechercher une large participation des mouvements sociaux des différents continents.
Plus d’une centaine d’organisations ont d’ores et déjà rejoint le noyau organisateur. Concrètement, celui-ci instaurera bientôt un groupe «facilitateur» composé d’une vingtaine de membres, chargés de gérer les quatre jours de rencontres, de débats et d’événements culturels sur le campus de l’université fédérale de l’Etat de Bahia. SFI


