Des balles contre la réforme agraire

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Des balles contre la réforme agraire

« Des expulsions, des assassinats et une réforme agraire paralysée ». Dans un récent rapport, la Commission pastorale de la terre (CPT) dresse le bilan sans fard d’une année de bolsonarisme dans les campagnes brésiliennes. En 2019, aucune grande propriété n’y a été désappropriée. Pourtant, ce pays présente la plus grande concentration des terres au monde; et sa Constitution stipule que les latifundia improductifs doivent être redistribués aux agriculteurs désireux d’y travailler. « Il y a une volonté politique d’anéantir tout espoir de réforme agraire » constate Luiz Zarref, membre de la direction nationale du MST, invité à Zurich dans le cadre du Forum alternatif L’Autre Davos, les 16 et 17 janvier derniers.

Expulsions par dizaines. Entamée dès la destitution de la présidente Dilma Rousseff, en 2016, cette politique se radicalise sous l’ère Bolsonaro, indique le militant. Elle s’accompagne d’une flambée de violence. « Des dizaines d’expulsions ont frappé nos campements. Police militaire et agents de sécurité délogent brutalement des centaines de familles, établies depuis parfois plus de dix ans, souvent sans aucun mandat judiciaire. Leurs maisons sont détruites, leurs plantations saccagées ».

Le président d’extrême droite ne compte pas s’arrêter là. Il a annoncé son intention de recourir à l’armée pour déloger les occupations de sans-terre, qui comptent au total 80 000 familles. « Concrètement, cela se traduirait par des exécutions sommaires, comme dans les favelas de Rio de Janeiro occupées par les militaires », dénonce Luiz Zarref.

La violence est étatique, mais aussi privée. Le recours aux pistoleiros, ces tueurs à gage engagés par les grands propriétaires, n’a jamais cessé au Brésil. La différence, c’est que cette pratique est aujourd’hui encouragée publiquement par le président. En novembre, M. Bolsonaro a approuvé une loi autorisant le port d’armes de tout calibre sur les propriétés rurales. « Une manière d’indiquer aux latifundistes les plus brutaux qu’ils peuvent sévir en toute impunité ».

En 2019, la CPT a recensé 29 assassinats dans le cadre de conflits pour la terre au Brésil. Un triste bilan qui risque de s’alourdir au cours des années qui viennent.

Plus de politiques publiques. Troisième volet de la régression en cours: les programmes de soutien à l’agriculture familiale, décisifs pour les petits paysans – achat d’aliments destinés aux écoles publiques, assistance technique, construction de maisons, accès aux études supérieures pour les enfants, etc. – sont tous paralysés. « L’absence de politiques publiques vise à pousser les petits producteurs à la misère pour qu’ils abandonnent leur terre et retournent dans la périphérie des capitales ». Le Congrès traitera prochainement un projet de loi visant à favoriser cet exode rural en octroyant des titres individuels de propriété sur les territoires déjà conquis par les partisans de la réforme agraire – permettant ainsi leur mise en vente.

Résister en produisant. « Le contexte est difficile, mais nous continuons à lutter ». Pour résister, les sans-terre misent sur ce qu’ils savent faire le mieux: planter et récolter. Au cours des dernières années, le mouvement social a mis en œuvre une « révolution agroécologique » qui fait de lui le principal producteur de riz bio en Amérique latine. Dans les principales capitales du pays, ses agriculteurs organisent des « marchés de la réforme agraire », où ils proposent directement leurs aliments à la population urbaine – avec un vrai succès. Une manière de garantir un revenu aux petits producteurs, mais aussi de gagner les cœurs de la population.

Réseau de solidarité. Comme à Caruaru, dans l’Etat du Pernambouc (Nord-Est). Il y a six mois, un large soutien populaire a permis de sauver le centre de formation Paulo Freire, menacé de destruction par les autorités. « Ce centre est situé sur des terres que nous cultivons; nous y produisons des pains destinés aux écoles; nous y organisons des cours d’alphabétisation et de formation. La population s’est donc alliée à nous pour le défendre. Notre meilleur rempart contre la violence, c’est de créer cette solidarité au sein de la société », explique le dirigeant social.

En janvier, le MST a annoncé qu’il planterait 100 millions d’arbres au cours des dix prochaines années. Une belle manière d’enraciner sa résistance face au « président à la tronçonneuse ».

 

Guy Zurkinden, paru dans Services Publics, 31 janvier 2020

Photo : Luiz Fernando

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