De paysan à paysan, une relation fertile

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De paysan à paysan, une relation fertile

De paysan à paysan, une relation fertile

COOPÉRATION • A travers un échange d’expériences, un paysans brésilien du mouvement des Sans Terre a pu rencontrer une vingtaine de producteurs bio romands durant la période estivale.

Dans la campagne vaudoise, deux paysans, l’un brésilien l’autre suisse, se sont rencontrés pour un échange fécond entre techniques biologiques et difficultés politiques. L’idée de ce projet est née en 2017, lors de la visite en Suisse de deux jeunes collaboratrices brésiliennes d’E-Changer, membres de la Marche Mondiale des Femmes et du Mouvement des Sans Terre. Lors de rencontres avec des familles paysannes vaudoises, il est apparu que ces discussions de paysan à paysan ouvraient des perspectives d’apprentissage et de transfert de connaissances, non seulement sur les techniques de culture et de transformation artisanale de produits agricoles mais aussi sur les impacts des politiques suisses, sur le Brésil, notamment.  Il a donc été décidé de développer un projet d’échanges entre des paysan-ne-s du Brésil et de Suisse dont le but est de permettre le partage et le transfert sur les pratiques agricoles et sur les stratégies et propositions politiques, sociales et organisationnelles développées dans chacun des pays. C’est dans le cadre de ce projet que Manoel Missias Bezzera était en Suisse romande du 31 juillet au 21 août . Ce projet est géré et financé par l’ONG E-Changer et les partenaires impliqués sont le Mouvement des Sans Terre au Brésil et l’organisation paysanne Uniterre en Suisse. Cette fin d’année, une paysanne suisse voyagera au Brésil pour rencontrer des familles paysannes et des responsables du Mouvement des Sans Terre.

Respect et confiance

Manoel Missias Bezzaro est un paysan-agronome de 37 ans, membre de la direction du Mouvement des Sans Terre. Il vit avec sa famille dans un campement des Sans Terre dans l’Etat du Ceará au nord-est du Brésil.
Il est responsable du secteur Production et Commercialisation. Au-delà des conseils techniques pour la production, le stockage et la transformation des produits et la commercialisation au sein des campements et dans la région, le Mouvement des Sans Terre veut développer une agriculture de proximité avec des grandes villes. Et il n’en va pas que de commercialisation, mais d’un besoin vital de gagner un large soutien de la population. En Suisse, Manoel Missias a été impressionné par le lien de confiance qui existe entre les consommatrurstrices et les paysan-e-s: par l’agriculture contractuelle de proximité, la vente directe, l’autocueillette. La traçabilité, la proximité et la confiance sont la base de liens sociaux et de la
solidarité. Comme il le dit lui-même: «C’est une manière différente d’établir des relations, des relations basées sur le respect du travail réalisé et sur la confiance».

L’ère Bolsonaro

Pour le Mouvement des Sans Terre, la situation n’a jamais été simple, mais depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, la répression et les violences allant jusqu’au meurtre contre les activistes politiques, environnementaux et les indigènes s’est accrue de façon dramatique. Elle est de fait ouvertement soutenue par le président qui considère qu’ils sont des freins au développement du Brésil, «des facteurs de retard du Grand Progrès prévu pour le pays», comme le caricature Manoel Missias et ils n’ont pas plus de valeur que des «cochons sauvages dans la forêt». Dans le (non-) projet politique de Bolsonaro, il n’y a pas de place pour les personnes qui prônent une société équitable, le respect des êtres humains, de la nature… Dans le monde de Bolsonaro, il n’y a de place que pour les grands propriétaires, les riches, les élus. Un monde pyramidal maintenu par la violence, la haine et la force.

Recréer la solidarité internationale

«Le gouvernement actuel promeut la haine entre les classes sociales», relève Missias. Pour contrer cette situation, il faut recréer des liens de respect et de solidarité, au Brésil, mais aussi une solidarité internationale. Il faut qu’en Suisse et en Europe, les habitant-e-s prennent la mesure des impacts dévastateurs de certaines politiques économiques de notre pays et de l’Union Européenne sur la santé du monde. La solidarité implique une responsabilisation individuelle (déjà dans notre manière de consommer), des actions politiques, la désobéissance. La vingtaine de familles paysannes, de maraîchers, de transformateurs artisanaux qui ont rencontré Manoel Missias lors de son séjour en Suisse ont été renforcés dans leur pratique d’une agriculture familiale, à petite échelle et respectueuse des personnes et de la nature. Une agriculture qui ne dépend pas d’importations, de grosses machines, etc. Parce que même en Suisse, les paysan-ne-s travaillent dur, gagnent peu et sont en compétition sur le marché mondial avec des paysan-ne-s du monde entier. «Il faut développer une solidarité entre les peuples, avec l’idéal de vivre dans un monde plus juste, car nous affrontons tous les mêmes ennemis», conclut Manoel Missias.

Michelle Zufferey,  secrétaire de Uniterre

Article publié dans Gauche Hebdo

 

De l'accapamento à l'assentamento

Un campement désigne des terres qui ont été acquises par le Mouvement des Sans Terre. En effet, selon la Constitution brésilienne, la terre doit remplir «sa fonction sociale». Des terres qui ne sont pas entretenues ou ne produisent rien, ne remplissent pas cette fonction et elles sont susceptibles d’être retirées à leur propriétaire. Ce sont ces terres à l’abandon que le Mouvement accapare pour que les familles puissent y produire leur nourriture et vivre dignement. A ce stade, on parle d’ «acampamento». Au bout de 10 ans de travail, les paysan.ne.s peuvent prétendre à récupérer les terres. Et si tout se passe bien, les communautés paysannes en recevront un titre de propriété collectif. Elles améliorent alors les infrastructures et l’«acampamento» devient un «assentamento» qui se développe comme un village avec ses habitations et des infrastructures: magasin communautaire, écoles, dispensaire, etc. Il y a actuellement 90’000 familles qui vivent dans des «acampamento» et 350’000 qui sont sur des «assentamento». Mais il reste quelque 4 millions de familles sans terre, un scandale si l’on sait qu’au Brésil, il y a 130 millions d’hectares de terre sans propriété claire.

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